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Simone Weil et Georges Bataille

Simon Weil apparaît dans le roman de Georges Bataille « Le bleu du ciel » (1935) sous le nom et les traits du personnage de Lazare

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/07/11/le-bleu-du-ciel-1935-les-pieds-maternels-georges-bataille-et-simone-weil/

« Georges Bataille, qui l’a bien connue, au point de faire d’elle un personnage terrible d’un de ses romans, Le Bleu du ciel, est sans doute le plus pénétrant :

« Elle séduisait par une autorité très douce et très simple, c’était certainement un être admirable, asexué, avec quelque chose de néfaste, un Don Quichotte qui plaisait par sa lucidité, son pessimisme hardi, et par un courage extrême que l’impossible attirait. Elle avait bien peu d’humour, pourtant je suis sûr qu’intérieurement elle était plus fêlée, plus vivante qu’elle ne croyait elle-même… Je le dis sans vouloir la diminuer, il y avait en elle une merveilleuse volonté d’inanité : c’est peut-être le ressort d’une âpreté géniale, qui rend ses livres si prenants… « 

« Le bleu du ciel » dont même Bataille tenta d’empêcher la parution , est une histoire enchevêtrée : Bataille y est Henri Troppman, qui a quitté sa femme Edith, le livre débute dans un « bouge » de Londres où Troppman et son amante Dorothea ( qu’il appelle « Dirty « échouent (« l’ivresse nous avait engagés à la dérive, à la recherche d’une réponse sinistre à l’obsession la plus sinistre ») lors d’une orgie très alcoolisée. Dirty aux dernières extrémités de l’ivresse montre son sexe ouvert à tous les hommes présents dans ce lieu où, le sol est couvert de vomissures).

De retour à Paris Troppman rencontre régulièrement Lazare :

« Pendant la période de ma vie où je fus le plus malheureux, je rencontrai souvent -pour des raisons peu justifiables et sans l’ombre d’attrait sexuel- une femme qui ne m’attira que par un aspect absurde ; comme si ma chance exigeait qu’un oiseau de malheur m’accompagnat dans cette circonstance .Quand je revins de Londres en mai j’étais égaré et dans un état de surexcitation, presque malade, mais cette fille était bizarre elle ne s’aperçut de rien….

… j’expliquai à Lazare le plus brutalement que je pus tout ce que j’avais fait d’immonde à Londres avec Dirty.

Je lui dis que je trompais ma femme , même avant, que j’étais devenu épris de Dirty, au point que je ne tolérais plus rien quand je comprenais que je l’avais perdue.
Je racontai ma vie entière à cette vierge. Raconté à une telle fille (qui dans sa laideur ne pouvait endurer l’existence que risiblement ) c’était d’une impudence dont j’avais honte.

Jamais je n’avais parlé à personne de ce qui m’était arrivé et chaque phrase m’humiliait comme une lâcheté. »

Plus loin dans le livre Troppman retrouve Lazare en Espagne pendant la guerre civile, puis Dirty en Allemagne : se promenant la nuit ils font l’amour dans un cimetière, au dessus des tombes, dans la terre grasse, au dessus de chaque tombe qui abrite un cercueil avec un squelette se trouve une petite lampe allumée:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/08/14/george-bataille-le-bleu-du-ciel-1935-le-jour-des-morts/

« Ces étoiles, ces bougies, étaient par centaines en flammes, sur le sol; le sol où s’alignait la foule des tombes illuminées. Je pris Dorothea par le bras. Nous étions fascinés par cet abîme d’étoiles funèbres. Dorothea se rapprocha de moi. Longuement elle m’embrassa dans la bouche. Elle m’enlaça, me serrant violemment : c’était la première fois depuis longtemps qu’elle se déchaînait. Hâtivement nous fîmes dans la terre labourée, hors du chemin, les dix pas que font les amants. Nous étions toujours au dessus des tombes. Dorothea s’ouvrit, je la dénudai jusqu’au sexe. Elle même elle me dénuda. Nous sommes tombés sur le sol meuble et je m’enfonçai dans son corps humide comme une charrue bien manœuvrée s’enfonce dans la terre. La terre, sous ce corps, était ouverte comme une tombe, son ventre s’ouvrit à moi comme une tombe fraîche. Nous étions frappés de stupeur, faisant l’amour au dessus d’un cimetière étoilé. Chacune des lumières annonçait un squelette dans une tombe, elles formaient ainsi un ciel vacillant, aussi trouble que les mouvements de nos corps mêlés . Il faisait froid, mes mains s’enfonçaient dans la terre: je dégrafait Dorothea, je souillai son linge et sa poitrine de la terre fraîche qui s’était collée à mes doigts. Ses seins, sortis de ses vêtements, étaient d’une blancheur lunaire. Nous nous abandonnions de temps à autre, nous laissant aller à trembler de froid: nos corps tremblaient comme deux rangées de dents claquent l’une dans l’autre.
Le vent fit dans un arbre un bruit sauvage. Je dis en bégayant à Dorothea, je bégayais, je parlais sauvagement :
-…mon squelette.. Tu trembles de froid..tu claques des dents…

Je m’étais arrêté je pesais sur elle, sans bouger, je soufflais comme un chien. Soudain j’enlaçai ses reins nus. Je me laissai tomber de tout mon poids. Elle poussa un terrible cri. Je serai les dents de toutes mes forces. A ce moment nous avons glissé sur le sol en pente.
Il y avait plus bas une partie de rocher en surplomb. Si je n’avais , d’un coup de pied, arrêté ce glissement, nous serions tombés dans la nuit; et j’aurais pu croire, émerveillé , que nous tombions dans le vide du ciel”

Les deux personnages découvrent ainsi un ciel inattendu , vacillant, un « ciel d’en bas » où les lampes allumées qui signalent un cadavre évoquent les étoiles qui brillent dans le ciel. puis ils se perdent à nouveau et le livre se termine sur la vision d’un défilé des Hitlerjugend.

Troppman (Bataille ) et Lazare (Simone Weil ) sont tous deux « de gauche », « antifascistes » mais très différents : Bataille (et Sartre avec qui il s’était brouillé puis réconcilié , le philosophe le considérant comme un « mystique ») préfigurent certains « gauchistes ludiques  » de Mai 1968 , mais Bataille est mort en 1962 et le développement ultérieur de sa pensée protégea Sartre de ces dérives où un Cohn-Bendit tomba peut être .

Quant à Simone Weil elle est morte à Londres en 1943, à l’âge de 34 ans , les privations de toutes sortes qu’elle s’imposait l’ayant affaiblie au point qu’elle mourut de la tuberculose.

Mais philosophiquement elle était platonicienne et considérait que le « matérialisme dialectique «  est une sorte d’oxymore, les deux termes incompatibles faisant éclater l’ensemble.

Peut être faut il associer « matérialisme » au plan vital que je nomme aussi « plan de transcendance » et « dialectique «  au plan internel ou « plan d’immanence ». Nous retrouvons bien là une dualité, celle de l’Ouvert:

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/a-propos-de-ce-blog-plan-vital-et-plan-spirituel-dans-leur-dualite-qui-est-louvert/

mais qui n’éclate pas, qui mène au contraire au non-dualisme (advaita de Shankara) qui est le dernier mot de la Science internelle : Henosophia, dont le sommet, le plus haut Principe ou «  loi suprême « est l’Un radicalement immanent à la conscience humaine comme unification de tous les aspects du réel phénoménal , différent de l’Un séparé ou Transcendant des religions abrahamiques dont on voit trop qu’il mène au pire.

Il faut absolument surmonter les « monstrueuses anomalies » du « Bleu du ciel » comme Bataille les appelait lui même ; il s’agit là de la fascination de la mort, celle de la flamme qui attire le papillon de la conscience vers la destruction, mais « la religion véritable consiste à renoncer à la mort », à la fascination pour les scènes du cimetière et le « ciel d’en bas » , le ciel véritable étant le plan internel, ciel des Idées.

D’ailleurs le « ciel d’en bas », ciel vacillant dépeint par le livre de Bataille dans le cimetière de Trèves, où chaque lampe signalant un squelette brille comme une étoile, n’est il pas ce « ciel » promis par la guerre , « où monter au front c’est monter au ciel «  dans le film « Nos années folles » d’André Téchiné ?

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/04/10/retour-sur-nos-annees-folles-dandre-techine-monter-au-front-est-ce-monter-au-ciel/

La présence de Simone Weil dans le personnage de Lazare, et le mépris que Troppman , qui a besoin d’aller « pleurer aux toilettes », éprouve pour elle , nous y aide et nous protège contre ces « monstruosités ». Seulement il faut connaître la pensée de cette philosophe avant de lire le livre, et ce n’est généralement pas le cas.

Recours à l’une des plus grandes philosophes de tous les temps : la nouvelle Hypathie, Simone Weil

J’ai déclaré depuis longtemps que l’opposition gauche – droite est artificielle et propre au plan vital, politique , et doit donc être relativisée. Néanmoins la tendance récente du macronisme, c’est à dire le Mal et le Mensonge, à se dire « ni de droite ni de gauche «  me donne à réfléchir.

Il ne fait aucun doute pour moi qu’un blog comme « Riposte laïque «  Ne ment pas lorsqu’il se dit « de gauche ». Et c’est la raison pour laquelle je soutiens ce site contre les persécutions de la fausse gauche, démoniaque , enlisée dans le marécage du plan vital et impuissante à s’en dégager, n’ayant d’ailleurs aucune volonté en ce sen.

Dans cette optique , une philosophe comme Simone Weil, juive et persécutée à ce titre mais n’hésitant pas à se dire dans une lettre de 1941 à Xavier Vallat « chrétienne, française, nourrie de la tradition grecque » , hostile à Brunschvicg mais donnant toute son importance à la science héritée de Descartes et des grecs, communiste mais diagnostiquant l’imposture du « matérialisme dialectique «  , est une ressource importante plutôt qu’un recours, comme Émile Chartier (Alain) et Brunschvicg d’ailleurs .

Son antijudaisme a été stigmatisé et comparé à un « antisémitisme » ce qui est absurde. Cette femme ayant comparé Moise et ses « lois » à l’Action française de Maurras serait de nos jours condamnée pour islamophobie, et écrirait pour « Riposte laïque » , j’en suis convaincu. On trouve ses œuvres les plus importantes ici :

http://classiques.uqac.ca/classiques/weil_simone/weil_simone.html